lundi 19 décembre 2011

Poussières d’Egée


2011 fut le théâtre d’une croisière tranquille, sans envolée lyrique, sans exploit ni panache, sans première hivernale par la face nord, sans aucun Guiness record au Palmares. Pas du tout une aventure du style « Tiens, si on traversait vers le Groenland par les Faroe et l’Islande avant d’attaquer l’année suivante le passage du Nord-ouest en profitant honteusement du réchauffement climatique ». Pas non plus de « Grand Cercle » via les grands lacs et le Mississipi, ni même de « Petit Cercle » via le Saint-Laurent. Non 2011 sera l’année d’un saute-mouton cycladique de poussière égéenne en poussière égéenne.

Une bien curieuse cité

Le dolmus, chargé de ses quatorze passagers, hoquète au gré d’une route serpentine, montagnes plus turques que russes, conifères prodiguant leur ombre cryogène, turquoise des eaux et fini par plonger vers une ville étrange. Maisons hérissées de poteaux élancés, certaines aquatiques d’autres terrestres perchées sur de curieux enchevêtrement de pilotis en bois ronds ou plats. Une première impression de désert, d’abandon fait place à l’étonnement lorsque les premiers habitants se découvrent circulant sur d’acrobatiques vélos de cirque, cheveux blancs au vent. Car ces habitants ne sont ni blonds ni bruns. Cheveux de couleur blanche et peau rose soutenu, tel un homard sortant de l’eau bouillante, sont les caractéristiques de cette étonnante ethnie. Il semble que certains soient des mâles et d’autres des femelles. Peut-être les femelles possèdent-elles deux protubérances sur le thorax mais la différenciation n’est pas toujours aisée. Cette première population dont l’occupation principale est de se déplacer vélocipèdiquement d’un point à l’autre de la ville rapidement et sans but apparent côtoie une autre population beaucoup plus jeune, active et besogneuse, aux cheveux noirs et teint bistre.

Ces deux populations se côtoient sans s’interpénétrer. Les premiers, les blancs-roses, se réunissent, s’agglutinent dans des quartiers quelquefois patriciens, cossus, avec vue sur la mer ou plus populaires, plus animés, un Sausalito revisité, tandis que les bruns-bistres occupent la zone industrielle périphérique. Telles les oies du Canada, quand l’automne surgit, les blancs-roses disparaissent en une longue migration nordique pour revenir au début du printemps. Les bruns-bistres en revanche semblent d’une nature plus sédentaire et profitent du calme qui se pose alors sur la ville.

Un bien beau sujet pour une thèse ethno.

Quelle est cette ville étrange, vous demandez-vous? Il s’agit de Yat marine une des plus grande marina de Méditerranée.


Une bien étrange cité

Symi

Au début des années 70, l’île était austère, son port, Ghialos, au fond d’un fjord bien défendu des agressions du meltem, gris et délabré. Maisons-façades, maisons-décor pour une pièce où l’on attend de voir bondir Arlequin, Pierrot, Polichinelle ou Pantalone. 40 ans plus tard, les maisons 2D ont pris de la profondeur, du volume. Les Athéniens et investisseurs du nord ne se sont pas trompés et Symi a retrouvé sa splendeur portofinesque : frontons romains ocre et rose. Une fois de plus il sera difficile de résister aux fameuses petites crevettes de Symi, pêchées à grande profondeur, et grillées à l’huile d’olive, servies par le virevoltant Sacha, l’homme orchestre de l’incontournable restaurant « O Miraklis ». Vraiment un miracle ces crevettes !


Symi

Cos

Autre flashback culinaire. En 1975, Francesca vient d’appareiller d’Astypalia et est en route pour Symi. Plongé dans le Denham, le guide unique de navigation égéenne de cette époque, une phrase retient l’attention : « A Cos ne surtout pas rater les délicieuses andouillettes grillées au feu de bois servies dans les petites échoppes du vieux port ». Immédiatement Francesca change sa route : Cap sur Cos ! Les andouillettes étaient bonnes, la place d’amarrage royale au pied de la citadelle au milieu des barques de pêche, le platane d’Hippocrate encore touffu et majestueux, la montée à l’Asclepion réalisée en poussant fort sur les pédaliers de vélos très british.

Chez Hippocrate

Les andouillettes ont fait place aux Bratwürste, les « gulets » ont chassé les barques de pêche, les façades ottomanes dégoulinent de tapis et napperons « Made in China », le platane, famélique s’appuie, tel un infirme, sur ses béquilles, l’Asklépion s’atteint en voiture, moyen de transport plus raisonnable au milieu de l’intense trafic. Tous les idiomes européens en mal de soleil se mêlent et se démêlent au fil des ruelles. Mais il reste encore, pratiquement intact, un autre Cos très différent de Cos-ville : l’ouest de l’île hors des sentiers battus, où l’on se prend à humer l’air chargé des parfums de garigue, à flâner en évitant d’écraser les fleurs sauvages, à refaire l’histoire en grimpant à l’assaut du byzantin Paleo Pilli, en côtoyant les chevaliers de Rhodes à Antimacheia. Sans oublier bien sûr la taverne de Costas, mister « No Stress » où l’on savoure, sous la tonnelle, face à l’ocre Kalymnos posée sur un fond bleu, « la meilleure Moussaka de Méditerranée ».

Nisiros

Pali

Quoi de meilleur qu’enchaîner les sentiers caillouteux séculaires et de s’émerveiller devant les campanules bleues, les taches jaune intense des genets, le piquetage rouge des coquelicots et pour compléter la palette, roses subtilement différenciés des cistes et des liserons ou encore caresser de la main un buisson de thym pour en recueillir l’odeur poivrée. Ce pur bonheur s’offre à nous en cheminant vers le cratère, gouffre jaune, chaud, soufflant, crachant son haleine sulfureuse.

Quelques villages au seuil de l’abandon, où se recroquevillent quelques vieillards tordus comme des ceps de vigne golgotesques, entourés de hordes de chats faméliques, dominent une mer bleu de Prusse.

A Pali, port, comme souvent, se côtoient plaisanciers et pêcheurs. Quais bordés de tamaris, maisons cubiques blanches et bleues, brochette de tavernes. Quelques pas encore et une bonne odeur de pain frais s’empare des cils olfactifs. Aucune erreur possible à une cinquantaine de mètres, une enseigne ligneuse affiche : αρτοπωλείο, boulangerie. Le pain décoré de grains de sésame est encore tiède, et les pâtisseries feuilletées, recouvertes de purée d’amande.

Nysiros : couleurs et sucreries.


Tilos

Jusqu`à peu, les pontons colportaient des descriptions peu engageantes sur Tilos, cette île longue étroite coincée entre Nisiros et Chalki. Pas de port, baie ouverte à la houle meltémique, fortes rafales, quai non protégé. En résumé un mouillage de super-beau temps.

En 2008 tout changea. Une digue fut construite, une « marina » aménagée pour une douzaine de bateaux. Alors, cap sur Tilos.

Dans le champ des jumelles, le ferry apparaît aligné le long de la jetée mais à l’intérieur du minuscule port et non à l’extérieur comme indiqué sur les documents nautiques. Troll va encore une fois devoir se faufiler. Au bout de la jetée une frêle silhouette féminine s’agite et fait clairement comprendre que Troll ne doit absolument pas rentrer dans le port mais rester à l’extérieur à la place théorique du ferry. Le captain estimant la place au fond du port tout à fait convenable, certes à l’œil un petit peu juste, lance Troll à l’assaut, au grand dam de celle qui se présentera plus tard comme la « capitaine du port ». Au fond du port, la place apparaît petite mais c’est fou ce que l’on réussit à faire avec un propulseur et deux moteurs, en plus stimulé par des « It wont work ! » « It wont work ! » Yes it did, et largement : au moins cinquante centimètres de marge. Troll amarré, la Capitaine portuaire retrouva son sourire, nous proposa une connexion électrique, un branchement d’eau et nous abreuva de conseils pour la visite de son île de son accent trainant du sud US.

Du village de Livadia, se dégage une atmosphère authentique, romantique où il fait bon déambuler, ou s’attarder à la terrasse de l’une des quinze tavernes.

Vingt minutes de bus et apparait Megalo Horio, village blotti au cœur de l’île entouré d’oliveraies, orangeraies et autres citronniers. Un plongeon dans un mélange de vie hellène à l’ancienne et de maisons qui ont vu passer la ligue athénienne, les Romains, les Chevaliers de Rhodes, les Italiens et aujourd’hui les bobos du nord qui les rénovent, pour y écrire, peindre ou sculpter.

Il y a beaucoup plus longtemps, 45'000 ans, paraît-il, vivaient sur l’île des éléphants nains. Par mutation successives les pachydermes s’étaient peu à peu adaptés à la petite taille de l’île.

Astypalia

Gros papillon posé sur les flots, fouetté par le vent. Une île ancrée dans nos souvenirs qui s’était fait alors tellement désirer au milieu d’une mer rageuse battue à mort par un meltem furieux. Désirée mais finalement si accueillante au milieu de cette mer devenue blanche d’écume. Ici le boulanger était français. Il avait troqué Marseille pour une jolie grecque et, pour bien montrer sa particularité, avait, oh scandale, au milieu des maisons traditionnellement blanches et bleues, peint sa maison-boulangerie en rouge.

Aujourd’hui, le minuscule nouveau port est rempli par une flottille Sunsail en vadrouille égéenne. Un vague appontement, tout juste bon pour amarrer un Corsaire reste libre. Le capitaine slalome en marche arrière entre les chaînes, Alain et Monique aux amarres et Catherine au guindeau. Les amarres sont récupérées par trois plaisanciers russes « Spassiba ! ». Voilà, c’est fait, Troll est amarré à l’avant sur son ancre aidée d’une amarre frappée sur le phare du bout du quai et à l’arrière une amarre par quai qui emprisonnent ainsi trois bateaux. Pas de problème, tout le monde est content : Troll n’a touché aucun bateau… Ça souffle encore et toujours à Astypalia.

Santorin

L’amarrage non conventionnel d’Astypalya entraîne un départ dès potron-minet poussés par nos amis des steppes impatients d’affronter le meltem naissant. La fraîcheur est printanière à peine compensée par un soleil vermillon rasant encore les flots.

Troll longe bientôt l’île singulière d’Anafi, isolée aux confins des Cyclades, gros rocher pétri de brises marines, encore à l’écart des turbulences du développement contemporain. Le petit port sans grande protection d'Aï se découvre au pied de l’inévitable Khora tache blanche agrippée au roc tanné. Un troupeau de dauphins complète la carte-postale.

Le chenal d’approche conduisant à Vlikhada, seule marina de Santorin, est embouqué. A la VHF le responsable du port nous guide au travers d’une entrée de port complètement ensablée. Place d’attente en attendant une solution d’amarrage correct. Déménagement, amarrage puis re-appareillage à la demande du voisin qui prétend que nous sommes sur son ancre. Appareillage du dit voisin qui remonte la moitié des ancres du port. Intervention d’un plongeur qui démêle les chaînes. Re-amarrage du voisin. Re- amarrage de Troll qui a droit à un « Sorry about that ! ». Durée totale de l’amarrage à Santorin : quatre heures. Le capitaine du port explique au Captain que le chaos ambiant (enlisement, absence de places, bâtiments délabrés) est dû à l’inefficacité totale de la municipalité qui utilise les fonds obtenus pour la marina à d’autres choses… Le refrain habituel dans cette pauvre Grèce qui agonise.

La chaldera de Santorin est un site tellement exceptionnel que l’on fait vite fi des hordes de touristes débarqués par milliers des gigantesques bateaux de croisière en attente au milieu du cratère,stand-by sur leurs propulseurs et non à l’ancre sur ces 400 mètres de fond.

La chaldera

Pour ne pas succomber à la déprime il faut vite faire abstraction de ces milliers de magasins de petites merdailles « Made in China » qui dégoulinent le long des ruelles. Je gomme !

Oia, au nord de l’île c’est le fief des artistes, le décor des photographes amateurs et professionnels, le décor de rêve pour les voyages de noces asiatiques.

Firostephani, banlieue chic de Thira , offre ses sympathiques tavernes où il fait bon s’attarder le soir. L’Aktaion, une minuscule taverne, loin de l’agitation et des rabatteurs de Thira, où l’on ne se lasse pas des plats traditionnels, frais et gouteux : les boulettes de viande, le bœuf mariné avec de la purée d’aubergines… Les sept tables sont prises d’assaut. La mama est à la cuisine, le fils, un bourru moustachu compte ses sous derrière sa caisse, l’autre fils jongle avec les plats dans ce qui reste de place entre les tables.

Skinoussa

Skinoussa et ses voisines, Iraklia, Koufonisia et Kéros les petites Cyclades, l’archipel du bout du monde. Les ports y sont tellement petits que Troll a des difficultés à y glisser ses fesses. Nous reviendrons avec Francesca lorsque l’on pourra inverser le vecteur temps. Si les neutrinos sont capables de dépasser la vitesse de la lumière alors pourquoi ne pas inverser le temps. Une baie nous fait signe. L’ancre glisse dans l’eau. Rien n’a changé nous sommes en 1976.

Paros

De part et d’autre du chenal défilent Paros et Naxos, le passage réputé le plus venté de la mer Egée, sorte de tuyère où se régale habituellement le Meltem. Aujourd’hui la mer est étonnamment lisse.

Un troupeau de dauphins s’ébroue devant l’étrave. Les corps ondulent, se frôlent, se frottent. Les formes fuselées glissent sans turbulence. Au ras de l’eau, l’orifice respiratoire s’ouvre : reprise d’air avant la plongée. L’un d’eux tourne sa tête découvrant un petit œil noir rivé sur l’équipage enthousiaste criant ses encouragements. Tout à coup l’arrêt de jeu dut être sifflé, nos compagnons d’un moment disparurent.


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Plus loin, une grosse tortue marine se promène, peut-être à la recherche de quelques mollusques ou autres méduses succulentes. Perturbé par le bruit du moteur qui approche, le périscope crétacéen sonda.

L’ancre plonge dans les eaux claires de Naoussa, au nord de la baie, sous la falaise au cas où le Meltem se réveillerait. Vers l’ouest la côte plus plate accueille un chantier naval à l’ancienne qui aligne les bateaux de plaisance en attente de leurs propriétaires nordiques en mal de soleil. Le blanc du port de Naoussa illumine le sud de la baie.

Le modeste port de Naoussa, considéré comme l'un des plus beaux villages de toutes les Cyclades, a su rester authentique malgré l’engouement touristique qu’il suscite aujourd’hui : petites maisons cubiques et églises éclatantes de blancheur, ruelles étroites embellies de bougainvillers et de jasmin, terrasses animées où l'on mange du poisson ou du poulpe arrosé d’ouzo... face aux vestiges du château vénitien. Le port de Naoussa fait rêver.

Naoussa

Récemment Naoussa s’est offert un port de plaisance miniature. Magnifique accueil de la part du capitaine du port, Capitaine de remorqueur à la retraite. Quais impeccablement tenus : bornes électriques fonctionnant à merveille, eau potable à disposition, sanitaires parfaits… Une exception hellénique absolue. Et, cerise sur le gâteau : « Free of charge », GRA-TUIT. Et pourquoi ? Vous demandez-vous impatients. Et bien le propriétaire de la marina qui s’avère être la municipalité de Parikia, capitale de Paros, n’a toujours pas envoyé les tarifs 2011 au capitaine qui réclame, réclame et se désespère. Ah, ça au moins, c’est dans la droite ligne de l’organisation hellène.

Deux scooters plus loin, nous voilà partis à la conquête de Paros et, pour commencer, un « trois sacs routard » : la célébre Panagia Ekatonpiliani ("Eglise aux cent portes), une des plus anciennes églises de toute la Grèce. Cette église d'une remarquable architecture, abrite un petit musée présentant de magnifiques iconostases avec des icônes de style byzantin... Et nous n’avons pas besoin d’ouvrir notre guide. Il suffit de suivre Marie-Anne, historienne d’Art et de se laisser sensibiliser à l’art religieux de l’époque byzantine, ses icônes représentant les quatre évangélistes qui prennent une apparence symbolique, trois d'entre eux sous une forme animale. Dans cette représentation, appelée le "tétramorphe", L'évangéliste Jean prend l'apparence d'un aigle, Luc celle d'un taureau ailé, Marc celle d'un lion ailé et Matthieu celle d'un homme qui, avec ses ailes, s'apparente à un ange. Ils tiennent souvent dans leurs pattes ou mains, comme ci-dessous, leur évangile, symbole de la foi et de la connaissance. La visite ayant duré plus d’une heure, j’abrège…

Plus tard nos fidèles destriers nous conduisent à travers l’île verte et magnifiquement propre. Un chemin pierreux et nous voilà partis à l’assaut du monastère de Saint Théodore. Les scooters hoquètent entre les nids de poules, les reins amortissent au mieux ou au pire. La piste rouge ondule au milieu d’une garigue fleurie. Thym, origan, serpolet, le rose des cistes, le jaune des petites immortelles, se succèdent jusqu’au monastère qui se découvre au milieu de vergers, vaches et chèvres, dans un austère silence, un instant déchiré par nos moteurs intrus.

Une porte s’ouvre sur une jeune nonne toutes voiles noires au vent qui nous fait bien comprendre que nous ne sommes pas orthodoxes, donc impies, et priés de quitter ces lieux au plus vite. Manifestement l’heure n’est pas à la négociation. Et Jésus dit : « Aimez-vous les uns les autres ».

Une descente tout schuss et voici le petit port de pêche d’Aliki. Les pieds dans le sable, un « frappé » à la main, le stress du motocross s’évacue tranquillement.

Polisseur de marbre sur l'île de Paros

Le ciel s’assombrit, le cap est remis sur Naoussa et sa marina philanthropique.

Naxos

Selon la tradition, Dyonisos serait né à Naxos, Zeus y aurait passé son enfance et Ariane y aurait été abandonnée par Thésée.

Voilà pour la légende.

Pour nous, touristes maladivement pressés, ce sera Naxos la verte, Naxos la Vénitienne et Naxos la blanche.

Naxos la verte, recouverte du maquis avec des genêts , des chênes et des pistachiers térébinthes , piquetée de fleurs en ce milieu de printemps : anémones, cyclamens,giroflées, camomilles, colchiques, coquelicots, , qui font place dans les vallées intérieures aux cultures, oliveraies, citronniers, vignes en terrasse, légumes et céréales.

Naxos la Vénitienne dont le port-capitale, Chora, est dominé par une imposante forteresse abritant de belles demeures seigneuriales, aux entrées surmontées de blasons, construites sur deux niveaux, le rez de chaussée, bas de plafond et l'étage qui abritaient des pièces spacieuses aux poutres apparentes et au sol dallé de marbre blanc, comme on peut le découvrir en fouinant chez un antiquaire qui a pris la suite de la famille du duc.


Les Crispi, Sanudi, Carceri se succédèrent au pouvoir, regnant sur le duché de Naxos sous le regard protecteur de la Sérénissime. Aujourd’hui leurs descendants forment la fine fleur de la bourgeoisie locale. Une descendante soigna les dents du capitaine, un autre, apothicaire, lui vendit des antibiotiques. Quant à se faire soigner autant que ce soit dans un cadre historique authentique.
Naxos la blanche et ses carrières de marbre qui sont encore exploitées et piquettent de blanc les collines. Les villages blancs, sont veinés de ruelles dallées de marbre blanc. Sur les places, les bancs sont de marbre… blanc. Le dessus des tables, les entourages de portes et de fenêtres sont..., non, inutile, vous avez deviné. Même les fausses statuettes cycladiques sont…mais allez voir les vraies au musée archéologique de Chora où s’alignent de magnifiques exemples de cet art si moderne et pourtant vieux de 3000 ans.

Le soir, les ruelles de la citadelle s’animent d’un autre public. Les bobos locaux sont de sortie. Les spectacles se découvrent discrètement. Un récital de bouzouki et guitare enchante nos oreilles. Si bouzouki en langue ancienne ottomane signifie « mauvaise boite », les sons qui en sortent sont sublimes.

Amarré au quai du port de Naxos, Troll regarde le ciel devenir presque noir et se déchirer d’éclairs. Des trombes d’eau dessalent le pont. Troll regarde la pittoresque chapelle de Panagia Mirtidiotissa, la gardienne du port, perchée sur un minuscule îlot, entre les jetées, et qui le protège.

Koufonisia

Retour dans les petites Cyclades au sud de Naxos face à Amorgos. Cette fois ce sera Koufounisia et plus exactement Pano Koufonisia la plus au nord des deux îles sœurs.

366 habitants, pour la plupart pêcheurs, se partagent l’île avec des ânes, des cochons et des poules. Le port, très récent, quasiment désert, est bien entendu un don de Bruxelles comme l’atteste la traditionnelle pancarte bleue étoilée.

Pour l’exploration de l’île l’équipage se partage en deux groupes : les courageuses qui s’attaquent aux dix kilomètres du tour in extenso avec sans aucun doute une herborisation de bon aloi et, les moins courageux, plus enclins à occuper la petite taverne sympathique bien fournie en rafraîchissants ouzos. Les premières découvriront un cimetière marin qui, semble t’il, n’a rien à envier à celui de Paul Valéry :


Entre les pins palpite, entre les tombes,
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Ou encore la "Supplique pour être enterré à la place de Sète" De Georges Brassens.

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La mer, toujours recommencée est ici turquoise.

Amorgos

La traversée Koufounisia-Amorgos est courte – 14 milles – et pourtant Amorgos est à peine visible dans la brume qui l’envelope. Il fait frais. La pluie est tombée toute la nuit. Laines polaires de rigueur.

Amorgos est la plus orientale des Cyclades et probablement celle que nous préférons. A l’écart du gros flot touristique, nature sauvage, paysages austères souvent spectaculaires.

D’un côté de la baie, c’est Katapala, le port, en face, Xylokeratidi, le coin bobo où les bars se succèdent. L’endroit où l’on peut voir et revoir « Le grand bleu ».

Entre les deux, une poignée de bateaux de plaisance à l’ancre.

Tour de l’île en pétrolette, tout d’abord vers le nord qui abrite les deux villages de Tholaria et Lagada, tout blanc, accolés à la montagne.

Halte au port de Aigiali dans une taverne très grecque mais c’est jeudi et le menu proposé est thai. Il faut préciser que la femme de l’hellène patron se nomme Dok Mai, Fleur et Fleur, fait venir tous ses condiments de Bangkok. Un délice qui change des incontournables moussakas, tomates farcies et boulettes de bœuf haché.

La visite de la partie sud de l’île sera plus culturelle.fait venir tous ses condiments de Bangkok

Hora « la capitale » est comme d’habitude perchée sur sa montagne à l’abri des pirates barbaresques. Ravissant village percé de ruelles, d’escaliers de passages voutés. Petites places ombragées. Eglises et chapelles. Le tout re-badigeonné à la chaux, la veille. L’ensemble sent la retraite pour écrivains, le cadre idéal pour peintres nordiques en quête de lumière. Cette atmosphère feutrée transpire par toutes les feuilles de la treille du café Katodon.

Vous prenez un placard-bibliothèque de 180 m de haut 30 m de large et 5 m de profondeur - d’accord c’est grand mais vous ne pouvez pas savoir ce que l’on peut accumuler comme bouquins - un bon coup de peinture blanche et vous pitonnez l’ensemble contre une falaise. Et bien, sans le savoir, vous venez de réaliser le Monastère de la Panaghia Chozoviotissa.

Panaghia Chozoviotissa

En plein soleil, les centaines de marches d’accès se rappellent au bon souvenir des rotules. Mais ne vous plaignez pas, il y cent ans il fallait grimper par des échelles les 300m depuis le niveau de la mer. Ah, mais le paradis ça se mérite ! L’étroitesse du monastère a dû déteindre sur les esprits : interdiction aux femmes de pénétrer dans ces lieux saints en pantalon. C’est ainsi que nos moitiés dignement drapées dans un tissu fleuri fourni par Saint Chozo purent approcher la vie éternelle. Après tout, les popes aussi sont en robe. Quelques icones et dorures plus tard, ces bons moines nous offraient un verre de leur vin doux accompagné d’un loukoum très oriental.

Agios Georgios Varsamitis

Mais le clou, ce jour-là sera la rencontre fortuite de Konstantina.

Sur la route du sud, une petite pancarte : « Agios Georgios Varsamitis».

Au bout de quelques centaines de mètres nous arrivons au ravissant petit monastère blanc de Varsamitis, certes moins impressionnant que son imposant voisin adossé à la falaise, mais plus intimiste poussant plus à la méditation face aux terrasses plus on moins abandonnées.

Aucun bruit, porte verrouillée, des dizaines de chats, peut-être réincarnations de moines séculaires veillent sur le monastère. Déçus nous rebroussons chemin lorsque la porte grince, s’entrouvre sur une souriante femme d’une quarantaine d’années : « Please come in, you are welcome ». Bientôt Konstantina nous confie son désir de devenir nonne, que sa consécration est prévue pour l’automne et qu’elle habite le monastère pour méditer et réfléchir sur son choix. Konstantina transpire le bonheur et la béatitude ce qui illumine la visite. Tout y passe : l’origine du monastère au 16ème siècle, la description détaillée de toutes les fresques, la source miraculeuse qui garantit une longue vie.

A notre départ, Konstantina cueillera une rose à placer à bord pour nous protéger des vents trop forts.

En parcourant Amorgos

Levitha

Levitha : une île ou plutôt un îlot qui fascine, qui attire, à mi-chemin entre une île et un gros caillou. Un rocher presque nu balafré d’une longue échancrure, havre du marin poussé par le Meltem. Une dizaine de bouées rouges, mises à la disposition des navigateurs par une famille, qui vit de l’île, l’écologie appliquée, loin des théoriciens du continent.

Parmi les bateaux, un motor boat en bois d’une quinzaine de mètres très années 60, « Lochinvar », construit en Ecosse sur la rivière Clyde en 1964. Une petite merveille. L’équipage, ne voulant pas gâcher le spectacle semble sorti d’une gravure de mode de la même époque.

Accompagnés par des chèvres, quelques moutons et beaucoup de mouches nous prenons la direction de la ferme aménagée en taberna que l’on atteint après un quart d’heure de marche dans la garrigue en longeant des champs d’avoine qui alimenteront le bétail pendant l’hiver. L’énergie électrique provient de panneaux solaires et d’éoliennes, les légumes sont du jardin potager, pour la viande, pas de problème, le troupeau de chèvres est là, quant aux poissons les pêcheurs y pourvoient. Ce soir là 8 bateaux sont au mouillage et quatre tables de la taberna sont occupées. Le chef de famille prend les commandes et sert, sa femme est à la cuisine, quant au grand-père, c’est le spécialiste des grillades au feu de bois. Ragoût de cabri arrosé d’un vin de Naoussa le tout dégusté sous la treille. Les cloches du troupeau tintent. C’est paradisiaque.

Loin, loin du monde discothèco-bétonné.

Lipsos

Lipsos c’est ce petit joyau qui aligne ses 33 chapelles bleues et blanches, son restaurant Calypso au si chaleureux accueil, la petite boulangerie nostalgie de notre enfance, et ce bistro sur la place qui se demande comment faire pour caser une quatrième table.

A chaque passage, la gestion du port s’améliore: des bornes électriques qui fonctionnent, de l’eau à disposition et surtout la maintenant traditionnelle cérémonie du tri des déchets avec sacs bio-dégradables colorés. « Mais où vont tous ces déchets ? » Ioannes le chef d’orchestre du quai explique qu’une fois par mois un camion arrive du Pyrée en ferry pour évacuer ces détritus vers les installations d’incinération athénienne. « Vous comprenez, l’île de Lipsos vient d’être classée par la commission européenne, deuxième île la plus propre de Méditerranée et nous faisons tout pour être classé en première place l’année prochaine ». On peut quand même se demander si les Athéniens n’ont pas d’autres priorités en ce moment.

Lipsos tu nous manqueras lorsque Troll naviguera sur d’autres eaux.

Patmos

La Grèce est, comme était l’ex Union Soviétique, un pays en perpétuel devenir. Les phrases les plus usitées sont « ça ne fonctionne pas encore mais l’année prochaine tout sera opérationnel ou encore, les fonds viennent d’être débloqués et les travaux vont très bientôt commencer, ou nous n’avons aucune idée quand ce sera mis en service ». Vous pouvez revenir dans un an, dans deux, on vous ressortira le même couplet. Et Patmos ne fait pas exception. La municipalité a réalisé une jolie marina, blottie au fond de la baie, face au monastère Saint-Jean. Tout est en place : les bornes électriques, les robinets d’eau potable, les postes d’amarrages etc Mais alors pourquoi rien ne fonctionne ? « Nous n’avons malheureusement pour l’instant personne pour assurer la gestion… » Prenez quelques milliers ou dizaine de milliers de situations de ce genre où les investissements ne sont rentabilisés par aucune rentrée d’argent, vous obtenez la crise grecque. En attendant qu’un gérant se manifeste, Troll, bien amarré regarde le monastère.

La nouvelle future marina

Une zigzagodromie ascensionnelle conduit au dit monastère, ce jour-là, désert. D’icône byzantine en icône russe en passant par les icônes crétoises, Marie-Anne nous initie à l’art liturgique.

Peut-être contemporain de Saint-Jean

Autre visite incontournable à Hora : la maison Simandiris qui allie la tradition orientale et les modes occidentales en faveur au siècle dernier. Madame Simandiris, alerte et en verve, jongle avec ses souvenirs qui ont vécu 83 printemps. Son italien roucoulant directement sorti de l’école primaire mussolinienne nous transporte au Moyen-orient, en Egypte, en Crimée où sa famille d’armateurs avait son terrain de jeux « Vous voyez cette belle femme en chapeau à voilette ? C’est Anastasia, ma grand tante à Sébastopol en 1904 quand son mari dirigeait une entreprise de transport maritime et cette jeune fille à ses côtés c’est ma grand-mère Maria» «Cette longue vue a appartenu à un commandant de cargo, Dimitrios, un petit cousin…» Bouboulina, est sur les planches et joue et rejoue la même pièce au cœur de son décor familier. Au dernier acte cette étonnante Sarah Bernard d’un geste ample plonge sa main dans une cage d’où elle extrait un petit perroquet et entame avec lui un dialogue coloré : Pappagallo aussi connaît son texte !

Plusieurs fois nous avions sonné, frappé à cette vénérable porte au bout d’une ruelle à deux pas de chez Madame Simandiris. Jamais de réponse, pas un bruit. Ce monastère serait-il abandonné ? Pourtant il est bien précisé sur une petite affichette que le mercredi à 16.00 les nonnes chantent les Vêpres. Une dernière tentative : la sonnerie se répand en échos au gré des couloirs que l’on imagine derrière le battant. Sans espoir, au moment de renoncer, les gonds grincent (WD40 pense immédiatement le Captain) une petite tête mangée par des lunettes rondes cerclées de métal et entourée d’un voile noir émerge de la porte entrebâillée. L’œil est interrogatif. Notre demande d’assister aux vêpres chantées n’entraîne que des mouvements de tête horizontaux mais fermes assortis de « Ochi ! » Alors, tentant le tout pour le tout le Captain, la main sur le cœur se mit à mimer un chant. Le miracle s’accomplit la porte s’ouvrit et la nonnette nous montra le chemin assorti d’un « Parakalo ». Et bien voilà, il suffisait de se comprendre !

Et les nonnes chantèrent, trois nonnes à répondre à leur sinistre pope qui, l’œil vague, se répandait en mélopées incantatoires ou, l’œil fixe, foudroyait ces intrus mécréants et voyeurs reclus dans un coin de chapelle où même Dieu ne les voyait pas. Complainte monotone et triste, ânonnée, répétée inlassablement, les regards accrochés aux pages jaunies d’un texte que l’on sent culpabilisateur.

Je suis athée, Dieu soit loué !

Agathonisi


Agathonisi, une île accueillante et sympathique.

"Agatho" est synonyme de bon, pas étonnant que les habitants, descendants de réfugiés politiques de Byzance soient de nature aimable et accueillants. Le mot « réfugié » continue à marquer cette île. Jusqu’à l’année dernière des centaines débarquèrent ou plutôt nagèrent jusqu’aux plages, après avoir coulé leurs embarcations. Afghans, Somaliens, Palestiniens, Irakiens passaient ainsi du statut de réfugiés au statut de naufragés. « Même les oursins ont ici une nationalité » disent les pêcheurs « il y a tellement de passeports et autres papiers d’identité au fond de l’eau que chaque oursin s’en est approprié un ». Des centaines de réfugiés transitèrent ainsi par Agathonisi avant d’être transférés vers les camps de Patras ou Athènes.

Troll musarde le long de la côte d’Agathonisi, une attitude pour le moins suspecte aux yeux du garde-côte qui nous suit depuis une dizaine de minutes. Accélération, vague d’étrave retroussée à la scrogneugneu, et le voilà sur notre bâbord à quelques mètres. Echange VHF courtois : Nom, nationalité du bateau, nombres de passagers, montrez-vous sur le pont, aucun réfugié dans les cales, d’où venez-vous, où allez-vous etc « Thanks have a nice cruise ». Charmant ces gardes côtes. Et bien ici, dans les eaux territoriales grecques, le long de la cote d’Agathonisi, à portée de lance-pierre de la côte turque, le garde-côte était … italien ! Aujourd’hui, la Grèce ne possède pas assez de bateaux pour gardienner l’Europe et sous-traite à l’Italie, la Lituanie … cette surveillance côtière. Il faut quand même se rappeler que la plus grosse flotte marchande du monde bat pavillon grec ! What a strange world !

Troll pointe son nez dans la baie de Megalo Chorio, port de l’île : un bout de quai à partager avec un épisodique bateau de la Navy, et deux chalutiers aux horaires incertains. Au fond du port quelques barques endormies réveillées une fois par jour par le clapot du ferry, au milieu quelques voiliers à l’ancre. Dernière solution recommandée par Claude, le capitaine de Go-élan : sur les rochers du fond de la baie trônent trois bittes d’amarrage peintes en jaune. Deux amarres sur ces bittes, une troisième sur un bout de quai, toutes trois portées à terre par un Patrick souquant et transpirant ferme, 40 mètres de chaîne à l’avant. Troll est ravi.

L’équipage féminin suinte sur les chemins caillouteux pentus en alternant herborisation, visite de chapelles et rencontres de chiens collants.

Fourni

Au risque de se répéter, voici plusieurs décennies que nous écumons les eaux de l’est méditerranéen. Au fil du temps les îles Fourni ont fini par devenir un mythe, un inatteignable Graal farouchement protégé par un Meltem hargneux, éternellement. Et enfin « le jour de gloire est arrivé » comme disait Rouget de Lisle. Cap sur l’archipel des Fourni par un gentil Meltem de force 4, dans le nez il est vrai, mais ça, c’est normal.

Le port de Fourni

Ikaria, défile sur notre tribord, énorme dalle rocheuse plantée dans la mer, théâtre d’un drame mythologique, la chute dans les flots de l’intrépide Icare, joli message aux ambitieux, au désir d'aller toujours plus loin, au risque de devoir se retrouver face à face avec sa condition d’un humain comme les autres.

Troll met le cap sur « la capitale » Fournoi, port de pêche, entouré de traditionnelles maisons blanches cubiques de type cycladique. Dès l’approche, le port semble très actif avec de nombreuses barques de pêche et mini-chalutiers garnissant tous ses quais. Un bout de quai inoccupé tend les bras à Troll qui s’y amarre circonspect. A peine amarrés un Coast Guard style Rambo, le modèle gros-biceps-coiffé-en-brosse, nous prie gentiment mais fermement de quitter cette place réservée au ferry. « Où pouvons-nous nous amarrer sans gêner ? » « Ce n’est pas mon problème ! » répond ce gentleman. Le captain part alors en prospection et repère un quai avec deux bateaux de pêche amarrés en long. En déplaçant l’un d’eux on pourrait sans doute caser Troll. L’un des bateaux de pêche porte une pancarte « Restaurant Costas » et le restaurant en question trône au bord du quai. Le restaurateur Costas voyant le Captain tourniquoter lui lance « Vous avez un problème ? » « Est-ce possible de déplacer l’autre barque de pêche pour faire un peu de place pour notre bateau? » « Attendez, je téléphone au propriétaire, c’est un ami ». Et cinq minutes plus tard notre nouveau copain Costas prenait à couple l’autre bateau, libérant ainsi une place royale. Une longue marche arrière plus tard Troll se pavanait fièrement au milieu du port de Fournoi.

Une place royale

Et le ferry arriva. Rambo avait raison de nous faire déménager. Car ce n’était pas exactement le petit ferry que nous imaginions mais un monstre de la compagnie « Blue ferry » le modèle « longue traversée » d’une centaine de mètres de long qui à chaque tour d’hélice ou compensation de propulseur fait gémir les amarres de tous les bateaux du port. Troll fait le gros dos et attend la fin de la manœuvre.

Le soir Costas nous prépara de bonnes grillades de poissons qui seront arrosées de l’incontournable « Lac des Roches ». Sans oublier les ouzos bien sûr.

Si vous désirez passer quelques jours tranquilles immergés dans la population locale, profiter de sa vie paisible et effectuer de belles randonnées à travers une nature demeurée presque intacte alors n’hésitez pas, arrêtez-vous à Fournoi. Il y a un ferry.

Arki

Arki c’est la même histoire que l’Archipel des Fourni, un Graal perpétuellement inatteignable.

Pas de vent, calme plat, des eaux limpides turquoises, mosaïques de mouillages esseulés, goélands lançant leurs cris rauques et stridents, mais si, le paradis existe.

Arki est probablement une des îles les moins visitées de Grèce avec une population permanente de seulement 40 habitants car à cause du manque d'eau potable et de sa petite superficie l'île, n’a jamais compté d’installation importante.

Au fond de la plus profonde des baies, sorte de petit fjord étroit, se blottit Port Augusta, « la capitale ». Au bord du quai, quatre maisons, dont deux tavernes et un bric à brac où s’empilent les objets divers hétéroclites, vêtements et colifichets rivalisant d’inutilité mais tellement irrésistibles.

Une demi heure de grimpe et voila la plus vieille église de l'île – Panagia Pantanassa qui domine l’archipel : une vue éblouissante.

La nuit, amarrés au mini-quai en compagnie de cinq voiliers, sera luciférienne, mélange d’éclairs zébrant le ciel et de musique grecque ottomanisante à 140 décibels couvrant le bruit du tonnerre.

Port Augusta

Leros

Troll embouque la passe qui donne accès à Porto Lago, aujourd’hui Lakki, sur l’île de Leros, tellement chargée d’histoire. Au fond de la baie se découvrent à nouveau la ville mussolinienne art déco, aux larges avenues, aux villas cossues, aux batiments officiels pompeux.

Le moulin bleu

Une fois encore nous retrouverons avec plaisir l’adorable place de Platanos où les retraités refont le monde en égrenant leur komboloï, Panteli, le fief des pêcheurs, Aya Marina où l’on sirote son ouzo face aux ferries qui déchargent femmes en noir, touristes bigarrés et popes joviaux, et bien sûr le moulin bleu flottant sur l’eau où les papilles s’affolent au contact de produits de la mer ou du potager savamment cuisinés. Du haut de sa montagne, le kastro, construit par les chevaliers de Saint Jean, surveille tout ce petit peuple qui s’agite à ses pieds, sous la houlette d’un conservateur passionné et passionnant.

Mais cette fois, Leros présente une autre particularité : un chantier d’hivernage avec vue sur la mer et les collines ocre. Troll est ravi.

La sortie de l'eau

1 commentaire:

Eyup Ogan a dit…

Çok güzel bir blog...
Bravo...

İyi seyirler dilerim

Sevgiler
Eyup
s/y rossinante